Les arbres se tordaient sous l’effet du vent. C’étaient essentiellement des pins, mais ils ne perdaient pas leur aiguilles. Ils sentaient bon et renvoyaient une couleur bleu-vert si belle qu’on aurait pu passer une journée à la regarder, juste comme ça.
Mais ce qui s’envolait, par contre, c’était la terre : de grands nuages de sable poussés par les rafales et qui vous flagellaient les bras et les jambes si par malheur vous les aviez laissées nues. Ah ! quel bonheur… On ne pouvait voir ceci que dans les montagnes. Un paysage beau et chaleureux, et c’était ici que vivait depuis des années le vieil ermite.
Pas si ermite que ça, pourtant. C’était un prètre. Un prètre à l’histoire compliquée et au passé tourmenté. Il avait trouvé refuge ici, et vivait en paix. Il ne descendait en bas que quelques fois de temps en temps, à peu près une fois par semaine. Il allait célébrer les cérémonies, se recueillir sur le temple d’Epona, sa déesse, et parlait aux gens.
Il jetait un œil aux enfants et aux parents, les conseillait. Il vivait une bonne journée puis repartait dans sa montagne. Une belle montagne ensoleillée qu’on prenait plaisir à nommer : le Pic d’Epona. Et c’était pour ça qu’on appellait ce prètre marginal « Mitarya du Pic ».
C’était justement une de ces journées ou Mitarya rendait visite à ses congénaires. Habillée de façon sobre, mais religieuse, il descendait les escaliers naturels que le vent avait creusé dans la roche claire de la montagne. Sa montagne.
Tranquillement, sans se brusquer ni se ménager, il descendait le flanc du relief accidenté, mais qu’il maîtrisait parfaitement, avec l’expérience qu’il avait ammassé. Serein, sans pester, il descendait en chantonnant un petit air enfantin quelque peu répétitif. Aussi, au bout d’un certain temps, atteignit-il la surface plane du territoire Eponien.
Comme il s’y attendait, c’était bruyant et très animé. Les enfants courraient en riant et les parents discutaient entre eux. Les hutes flamboyantes de rouge et de blanc se dressaient, imposantes, le long du chemin terreux et les draps qui sèchaient étaient ballotés par le vent.
Il marchait toujours, saluant d’un signe de la main les personnes qu’il reconnaissait, et riant aux sobriquets affectueux qu’on lui lançait au passage.
Il tourna une, deux, trois fois puis, après avoir beaucoup marché, arriva devant le temple.
Il se prosterna et pria longuement, les yeux clos, en pleine extase, avant de se relever dix minutes plus tard et de se retourner vers son peuple. C’était ça, qu’il aimait ici : tout le monde se connaissait, il n’y avait rien de vraiment nouveau, on ne se perdait jamais. Personne n’avait honte de rien… c’était un vrai paradis.
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Notre existence sur Terre a un but,
Pour rien ne la gachez pas
Et sans même sortir de sa hute
L'aveugle verra
Du sol l'homme s'est levé pour retomber,
Sur ses quattre pattes a tout jamais il sera,
Soutenant desormais nos cavaliers,
Qui vont pour notre belle Epona